Par Dr. Eyob Tadesse (Hawassa University), Nesibu Yahya & Simon Birhanu (WeForest Ethiopia)

Avec le soutien de l’Union européenne, L'Université d'Hawassa (HWU), WeForest, les communautés locales et un large réseau d’acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux ont co-créé le living Lab d'Ethiopie dans le cadre du projet AfroGrow. Dans le cadre de cette étape importante, le Living Lab a organisé un un atelier de la Plateforme Multi-Acteurs (MAP) workshop le 2 Septembre 2025 dans la région de Sidama, au sud de l’Éthiopie. 

L’atelier a réuni 24 participants représentant des institutions de recherche, des administrations publiques, des leaders communautaires ainsi que des groupes de femmes et de jeunes. Son objectif était de présenter une vue d’ensemble du Living Lab, d’approfondir la compréhension des systèmes agroforestiers basés sur l’enset et le café en Éthiopie, et d’identifier les espèces prioritaires de plantes, de cultures et d’animaux qui soutiennent les moyens de subsistance locaux et les écosystèmes. 

Mettre en synergie les savoirs locaux et la science 

Les participants ont collaboré pour valider et enrichir les bases de données du Living Lab couvrant 47 espèces végétales, 29 cultures et 13 races animales. Ce processus reflète l’engagement d’AfroGrow en faveur de méthodes participatives, garantissant que les connaissances écologiques locales complètent l’expertise scientifique. Cette approche s’inscrit dans le modèle de Plateforme Multi-Acteurs, favorisant une prise de décision inclusive et fondée sur des preuves. Un message récurrent des participants était clair : "L’agroforesterie à Sidama n’est pas seulement un système de production — c’est un mode de vie." Le système traditionnel enset–café fournit nourriture, revenus, stabilité écologique et continuité culturelle, ce qui en fait un élément central de la résilience aux niveaux des ménages et des paysages.

Une quadruple hélice d’acteurs 

L’atelier a rassemblé un groupe diversifié d’acteurs, en écho au modèle de la Quadruple Hélice qui mobilise le monde académique, les pouvoirs publics, la société civile et le secteur privé. Les femmes et les jeunes y ont joué un rôle particulièrement actif, apportant des perspectives sur la valeur nutritionnelle et économique des arbres fruitiers, du bétail et des produits dérivés de l’agroforesterie.

Identification des espèces prioritaires 

À travers des exercices de classement participatifs, le groupe a identifié les espèces les plus cruciales pour la sécurité alimentaire, les revenus et la santé des écosystèmes

  • Parmi les principales plantes figuraient Psidium guajava (goyavier), Mangifera indica (manguier), Moringa stenopetala (Moringa), Coffea arabica (caféier), et Musa paradisiaca (bananier). Ces espèces sont appréciées pour leurs multiples usages, notamment l’alimentation, l’ombrage, la production mellifère, les usages médicinaux et les revenus.
  • Principales cultures comme Saccharum officinarum (cannes à sucre), Solanum tuberosum (pomme de terre), et Enset ventricosum ont été reconnues pour leur rendement, leur résistance à la sécheresse et leur contribution aux systèmes alimentaires.
  • Parmi les animaux, Bos taurus (races bovines locales et améliorées) et Gallus gallus domesticus (races locales et améliorées de poulets) ont été notés pour leur adaptabilité et leur rôle dans la production de lait, de viande et d’œufs. 
Les 5 espèces végétales préférées de la communauté dans le cadre de l'agroforesterie à Sidama
Principales contributions des cinq principales races animales dans l'agroforesterie de Sidama
Rôle de l'agroforesterie dans les cinq principales cultures génératrices de revenus

Explorer les opportunités en matière d'entrepreneuriat vert

Au-delà de la priorisation des espèces, les participants ont exploré des moyens d’augmenter les revenus des ménages et des communautés grâce aux produits et sous-produits de l’agroforesterie. Parmi les exemples évoqués figuraient la transformation de la mangue, de la goyave et du moringa en jus, en préparations à base de plantes et en cosmétiques, ainsi que la réutilisation des résidus de café et des tiges de bananier pour le compost ou les fibres. Les discussions ont mis en évidence l’importance des capacités de transformation, des liens avec les marchés et de l’accès au financement pour exploiter pleinement ces opportunités. 

Alignement avec les priorités nationales 

Les résultats de l’atelier s’inscrivent en cohérence avec l’Initiative Green Legacy de l’Éthiopie et les stratégies nationales plus larges visant à promouvoir une utilisation durable des terres et la restauration de la biodiversité. Les conclusions, telles que la promotion de races résilientes et d’arbres fruitiers orientés vers le marché, alimenteront les dialogues en cours sur les politiques et les pratiques. Le Living Lab éthiopien est appelé à devenir un pôle national et régional de connaissances au sein d’AfroGrow. 

Réflexions et prochaines étapes 

Les participants ont salué l’approche participative de l’atelier, notamment les discussions en groupes et les exercices de priorisation qui ont permis des échanges ouverts et une co-construction des priorités. Certains défis logistiques, tels que la gestion du temps entre les sessions thématiques, ont été relevés et serviront à améliorer les activités futures.